L'Envers de la Question
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Qu'est-ce que le transfert en psychanalyse ?

Le transfert désigne la manière dont une relation actuelle devient le lieu d'attentes, d'affects et de répétitions qui ne viennent pas seulement de la situation présente.

Dans une analyse, la personne ne se contente pas de raconter ses relations : quelque chose de leur logique se rejoue dans la relation avec l'analyste. Celui-ci peut être supposé savoir, juger, abandonner ou détenir une réponse. Le transfert rend cette logique actuelle et permet de la travailler, à condition de ne pas prendre ces places pour une vérité sur l'analyste.

Le mot peut faire penser au transfert d'un objet d'un endroit à un autre. On dirait alors qu'un sentiment destiné à un parent est déplacé tel quel sur l'analyste. Cette image est utile pour commencer, mais elle devient rapidement trop mécanique. Une relation ancienne ne se copie pas exactement dans une relation nouvelle.

Le transfert produit une situation actuelle. Une attente, une crainte ou une manière d'aimer trouve dans la relation analytique les conditions pour se manifester. Ce qui se répète n'est pas nécessairement un souvenir reconnaissable ; c'est parfois une place : devoir séduire, décevoir, obéir, retenir une parole ou attendre que l'autre devine.

Une personne vient souvent consulter en supposant que l'analyste sait quelque chose sur ce qui lui arrive. Elle peut attendre une explication, un diagnostic sur son désir ou la signification cachée d'un symptôme. Cette supposition rend possible une parole : si quelque chose peut être entendu, alors il devient utile de parler.

Mais l'analyste ne possède pas à l'avance le savoir singulier du patient. La formule « sujet supposé savoir » désigne une place créée par le dispositif, pas une omniscience. Le travail consiste à faire apparaître ce que la parole du sujet produit, plutôt qu'à confirmer que l'analyste connaissait déjà sa vérité.

Dire que le transfert est une mise en acte signifie que l'inconscient n'apparaît pas uniquement dans un récit sur le passé. Il se manifeste dans la manière de parler maintenant : un rendez-vous oublié après une séance importante, une peur soudaine de décevoir, une colère devant un silence ou la conviction que l'analyste attend une réponse précise.

Ces événements ne sont pas automatiquement des messages à décoder. Ils prennent leur valeur dans une suite de paroles et dans le moment où ils surviennent. Le transfert rend donc l'inconscient sensible dans une relation, tout en exposant au risque de réduire cette relation à une explication trop rapide.

Le transfert peut prendre une forme positive : confiance, admiration, sentiment d'être enfin compris ou amour. Il peut aussi devenir hostile : méfiance, ennui, impression que l'autre ne sert à rien. Ces formes ne s'opposent pas simplement. Une admiration peut empêcher de contredire l'analyste, tandis qu'une irritation peut protéger une question difficile.

C'est pourquoi le transfert est à la fois le moteur et l'obstacle du travail. Sans une adresse, la parole ne s'engage pas de la même manière. Mais si l'analyste accepte d'incarner celui qui sait, qui mérite l'amour ou qui doit décider, la répétition risque d'être renforcée au lieu d'être rendue lisible.

Des phénomènes proches apparaissent avec un médecin, un professeur, un responsable ou un partenaire. Une place actuelle reçoit un poids qui dépasse parfois les faits disponibles. On suppose que l'autre sait, qu'il juge comme une ancienne figure ou qu'il pourrait enfin donner une reconnaissance attendue depuis longtemps.

Toute émotion forte n'est cependant pas un transfert, et invoquer le transfert ne permet pas d'annuler la réalité d'une relation. Un responsable peut réellement être injuste et un médecin peut réellement mal écouter. La notion devient utile lorsqu'elle aide à distinguer ce que la situation produit de ce que votre manière singulière d'y entrer ajoute ou répète.

La fin d'une analyse ne consiste pas à devenir indifférent ni à supprimer toute projection. Elle ne signifie pas non plus que l'analyste révèle enfin ce qu'il savait. Ce qui peut tomber, c'est la nécessité de lui attribuer la réponse capable de garantir définitivement qui vous êtes ou ce que vous devez désirer.

Le savoir supposé revient alors vers la parole et les actes du sujet, sans devenir pour autant une maîtrise totale de soi. Quelque chose a été appris sur la répétition, mais une part d'inconnu demeure. Le transfert cesse de devoir soutenir la même demande et la relation analytique peut se terminer.

Le transfert actualise une logique relationnelle au lieu de seulement raconter le passé. Le sujet supposé savoir est une place nécessaire au départ, pas la preuve que l'analyste sait tout. Le travail analytique utilise le transfert sans demander à l'analyste d'incarner la réponse finale.

Cette notion se prolonge avec qu'est-ce que la répétition en psychanalyse ?, qu'est-ce que le désir de l'autre ?, qu'est-ce que le grand autre chez lacan ?.