L'Envers de la Question
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Quelle différence entre moi idéal et idéal du moi ?

Le moi idéal est l'image que nous aimerions incarner. L'idéal du moi est le point depuis lequel nous voudrions que cette image soit reconnue.

Le moi idéal répond à « à quoi voudrais-je ressembler ? » : une image accomplie, séduisante ou puissante. L'idéal du moi répond plutôt à « depuis quel regard voudrais-je être apprécié ? ». L'un concerne la forme dans laquelle le moi se reconnaît ; l'autre organise la place symbolique à laquelle cette image est adressée.

La proximité des mots entretient la confusion. On utilise parfois les deux expressions pour parler de n'importe quelle ambition ou modèle. Pourtant, leur différence permet de comprendre pourquoi nous pouvons atteindre une image souhaitée sans nous sentir reconnus, ou recevoir des compliments sans nous reconnaître dans l'image qu'ils valorisent.

Il ne s'agit pas de deux personnes cachées dans l'esprit. Ce sont deux fonctions de l'identification. Elles travaillent ensemble dans la manière dont nous construisons une image de nous-mêmes et attendons qu'elle reçoive un signe de l'Autre.

Le moi idéal peut prendre la forme d'un corps, d'un style, d'une compétence ou d'une attitude. Un enfant admire un sportif, un adulte imagine la version parfaitement assurée de lui-même. L'image promet une unité : si je devenais cela, mes contradictions disparaîtraient.

Cette fonction s'enracine dans la manière dont le moi se constitue à partir d'images. Nous nous reconnaissons dans une forme plus cohérente que l'expérience dispersée de notre corps et de nos pensées. Le moi idéal prolonge cette promesse de cohérence, même lorsqu'aucune image réelle ne peut la tenir complètement.

L'idéal du moi ne correspond pas forcément à un modèle visible. Il peut être la place d'un professeur dont on espère encore l'approbation, d'un parent imaginé, d'une communauté professionnelle ou d'un public anonyme. Depuis ce point, certains gestes paraissent admirables et d'autres indignes.

Ce regard peut fonctionner en l'absence de tout spectateur. Vous corrigez un détail parce que « cela ne se fait pas », vous choisissez une carrière qui devrait rendre fier, ou vous évitez une activité qui ne correspond pas à la personne que vous devez représenter. L'idéal du moi ordonne ainsi les images auxquelles vous donnez de la valeur.

Vous pouvez chercher une image parfaite afin d'obtenir le signe attendu depuis l'idéal du moi. Une réussite, une apparence ou une œuvre doit alors provoquer enfin l'approbation décisive. Mais aucun signe réel ne correspond exactement au regard imaginé.

La course recommence : améliorer l'image, atteindre un niveau supérieur, choisir un public plus prestigieux. Ce mouvement ne vient pas toujours d'un narcissisme excessif. Il peut exprimer l'impossibilité de recevoir la confirmation absolue que l'image est bien celle que l'Autre désirait.

L'idéal du moi peut attirer et donner une direction. Le surmoi impose et condamne. Une même phrase peut toutefois passer de l'un à l'autre : « j'aimerais produire un travail rigoureux » devient « si ce travail comporte une faiblesse, je ne mérite aucune reconnaissance ».

La distinction ne repose donc pas seulement sur le contenu de l'objectif, mais sur son mode d'action. Un idéal permet des choix et supporte des écarts. Une exigence surmoïque transforme l'écart en faute et le résultat en verdict sur toute la personne.

Il ne s'agit pas de vivre sans image ni sans reconnaissance. Les idéaux soutiennent l'apprentissage, les liens et les projets. La question est de savoir s'ils restent capables d'être modifiés par l'expérience ou s'ils exigent que toute expérience confirme une image déjà fixée.

Repérez séparément ce que vous aimeriez devenir et la personne ou le public devant lequel cela compterait. Les réponses ne coïncident pas toujours. Cette séparation permet de conserver un désir de progresser sans confier entièrement la valeur du chemin au regard auquel il était autrefois adressé.

Le moi idéal est une image souhaitée ; l'idéal du moi est le point depuis lequel cette image devrait être reconnue. Les deux peuvent se soutenir, mais ils ne se confondent ni entre eux ni avec le surmoi. Séparer ce que vous voulez devenir du regard auquel vous voulez le prouver rend un idéal plus mobile.

Cette notion se prolonge avec qu'est-ce que le surmoi ?, qu'est-ce que le désir de l'autre ?, qu'est-ce que le grand autre chez lacan ?.