Vous savez ce que vous vouliez dire, puis la réponse de l'autre modifie immédiatement votre position. Votre désir semble dépendre de la manière dont il est reçu.
Changer d'avis peut être une vraie capacité d'écoute. Mais lorsque chaque réponse extérieure annule votre préférence, vous ne délibérez plus seulement avec vous-même : vous cherchez la position qui vous permettra de rester reconnu par l'autre.
Vous arrivez avec une décision, une limite ou une envie. L'autre répond, parfois sans insister, et vous commencez à douter de tout. Vous reformulez votre position pour qu'elle lui convienne, puis vous ressentez une gêne : vous ne savez plus si vous avez changé d'avis ou si vous avez seulement évité une tension.
L'écoute véritable implique de pouvoir être modifié par une parole. Le problème n'est donc pas de rester rigide. Il apparaît lorsque la réponse de l'autre ne vous aide pas à penser, mais décide à votre place de ce que vous pouvez vouloir.
Vous pouvez avoir appris que votre préférence dérangeait, décevait ou provoquait une dispute. Changer rapidement devient alors une manière de préserver la relation. Vous ne renoncez pas à une idée parce qu'elle est fausse, mais parce que l'autre semble moins disponible dès que vous la soutenez.
Cette adaptation procure un apaisement immédiat. Elle laisse cependant une dette : vous devrez parfois vous convaincre que le choix de l'autre était aussi le vôtre. Avec le temps, le ressentiment apparaît parce que personne ne peut vous rendre une décision que vous avez abandonnée avant de l'habiter.
Nous désirons toujours dans un monde de paroles et de relations. Il ne s'agit pas de devenir indépendant de tout regard. Mais une adresse n'est pas une autorisation : vous pouvez expliquer votre choix à quelqu'un sans lui demander de le rendre valable.
Lorsque vous changez d'avis, demandez ce qui a réellement changé dans votre raisonnement. Avez-vous reçu une information nouvelle, ou avez-vous seulement senti que votre désir devenait moins aimable ? Cette question sépare l'apprentissage d'une autre personne de l'abandon automatique de votre place.
Essayez de ne pas répondre immédiatement aux réactions importantes. Dites que vous allez y réfléchir et notez votre position avant la conversation. Après l'échange, écrivez ce que vous retenez, ce que vous refusez et ce que vous voulez encore. Vous pourrez modifier votre avis, mais la modification aura une histoire qui vous appartient.
Une relation solide n'exige pas que deux personnes pensent pareil. Elle permet que le désaccord soit adressé, entendu et parfois négocié sans faire disparaître le désir de celui qui parle. La réponse de l'autre peut vous déplacer sans devenir le lieu où vous cessez d'exister comme sujet.
Qu'est-ce qui a changé : votre idée, votre information ou votre peur de décevoir ? Quelle opinion pourriez-vous laisser différente sans chercher à convaincre ni à céder ? Pouvez-vous recevoir une réponse sans lui demander de vous autoriser à vouloir ?
Cette question peut aussi se déplacer vers pourquoi ai-je besoin d'avoir raison ?.