Un cadeau peut faire plaisir et provoquer aussitôt une gêne. Derrière l'objet reçu se pose parfois une question plus difficile : qu'attend désormais l'autre de moi, et comment puis-je répondre sans être redevable ?
La gêne ne vient pas forcément du cadeau lui-même. Recevoir vous place dans une relation où vous ne maîtrisez ni l'intention de l'autre ni la manière de rendre. Si l'affection a souvent été accompagnée d'obligations, un don peut être vécu comme le début d'une dette.
On vous tend un paquet et, avant même de regarder ce qu'il contient, plusieurs pensées arrivent. Vous vous demandez combien cela a coûté, si votre réaction sera assez convaincante et ce que vous devrez offrir en retour. Le moment qui devait vous faire plaisir devient une petite épreuve.
Vous pouvez minimiser le cadeau, dire qu'il ne fallait pas ou chercher immédiatement une occasion de rendre. Ce mouvement ne prouve pas que vous êtes ingrat. Il montre que recevoir ne reste pas longtemps un geste simple : l'objet ouvre un compte entre vous et l'autre.
Un cadeau transporte une intention que vous ne pouvez pas entièrement vérifier. Il peut dire l'affection, demander une réconciliation, marquer une place ou chercher à produire un effet. Même lorsqu'il est donné sans arrière-pensée, vous devez encore interpréter ce qu'il signifie dans la relation.
C'est pourquoi deux objets identiques ne provoquent pas la même émotion selon la personne qui les offre. La gêne concerne parfois moins ce qui est reçu que la phrase silencieuse qui semble l'accompagner : « après tout ce que j'ai fait pour toi », « pense à moi » ou « montre-moi que je te connais bien ».
Dans certaines familles, les gestes généreux sont rappelés longtemps après. L'aide accordée sert d'argument, le sacrifice donne un droit de regard et le cadeau devient la preuve qu'il faudrait aimer d'une certaine manière. Vous pouvez alors apprendre que recevoir signifie perdre une part de liberté.
Cette histoire n'est pas nécessaire pour expliquer toute gêne, mais elle permet de comprendre pourquoi vous préférez parfois tout payer vous-même. Refuser l'objet protège contre une dette dont les conditions ne sont pas dites. Le prix de cette protection est de ne plus pouvoir recevoir non plus ce qui n'exige rien.
Vous pouvez également accepter facilement une récompense et rester mal à l'aise devant un cadeau gratuit. Une récompense possède une raison : elle répond à un travail, une réussite ou un service. Un don d'affection ne fournit pas la même comptabilité.
Il vous confronte à l'idée que quelqu'un a pensé à vous sans que vous puissiez expliquer ce geste par votre utilité. Si votre valeur dépend surtout de ce que vous faites pour les autres, être choisi sans avoir travaillé à l'être peut paraître suspect, excessif ou même dangereux.
Offrir aussitôt un objet de valeur équivalente rétablit l'équilibre, mais cela peut aussi effacer le geste initial. La relation redevient nette : personne ne doit rien à personne. Or une relation contient nécessairement des moments où l'un donne davantage, sans garantie de symétrie immédiate.
Supporter ce décalage ne veut pas dire accepter les cadeaux intéressés ou les pressions. Il s'agit de distinguer une dette imposée de la gratitude, qui peut exister sans obéir à un tarif. Dire merci est déjà une réponse ; ce n'est pas la promesse de rendre le même objet ni de céder à une demande future.
La prochaine fois, observez la première phrase qui vous vient. « C'est trop » peut vouloir dire trop cher, trop intime, trop engageant ou trop éloigné de l'image que vous avez de vous. Préciser ce « trop » donne une forme au malaise.
Vous pouvez ensuite différer volontairement le geste de retour et laisser le cadeau exister quelques jours. Si l'autre utilise réellement son don pour obtenir quelque chose, une limite pourra être posée. S'il n'exige rien, vous découvrirez peut-être que ce qui semblait être une dette était aussi la difficulté d'occuper, un instant, la place de celui qui reçoit.
Quelle obligation imaginez-vous au moment où vous recevez quelque chose ? Les cadeaux ont-ils déjà servi d'arguments dans votre histoire familiale ? Acceptez-vous mieux une récompense qu'un geste qui ne se mérite pas ? Que se passerait-il si votre seule réponse, pour l'instant, était merci ?
Cette question peut aussi se déplacer vers pourquoi les compliments me mettent-ils mal à l'aise ?, pourquoi ai-je du mal à demander de l'aide ?, pourquoi ai-je toujours besoin de me justifier ?.