La pulsion n'est ni un instinct biologique pur ni une envie consciente. Elle désigne une poussée qui prend appui sur le corps, cherche une satisfaction et se fixe sur des objets et des détours singuliers.
Freud distingue la pulsion de l'instinct parce qu'elle n'est pas attachée à un objet naturel unique ni à un comportement prédéterminé. Elle possède une source corporelle, une poussée, un but et un objet. La satisfaction peut être partielle et passer par des scénarios, des répétitions ou des détours qui ne correspondent pas à l'utilité immédiate.
La faim appelle un objet qui peut calmer une nécessité corporelle. Mais manger peut aussi devenir une scène d'attente, de contrôle, de culpabilité ou de récompense. La pulsion ne se confond pas avec le besoin physiologique : elle engage la manière dont le corps a été pris dans des mots, des habitudes et des relations.
C'est pourquoi deux personnes ne satisfont pas une même fonction corporelle de la même façon. L'objet compte, mais le chemin vers lui compte aussi. Attendre, regarder, retenir, montrer ou recommencer peuvent devenir des parties essentielles de la satisfaction.
Freud distingue plusieurs éléments. La source se situe du côté d'une excitation corporelle. La poussée est la force qui insiste. Le but est une forme de satisfaction, et l'objet est ce par quoi elle peut être atteinte. Aucun de ces éléments ne suffit isolément à définir la pulsion.
L'objet peut changer, être remplacé ou devenir secondaire. Ce qui revient n'est pas toujours la personne ou la chose choisie, mais la manière de chercher une satisfaction à travers elle. Une relation nouvelle peut alors recevoir une fonction ancienne, même si elle ne ressemble pas à l'objet précédent.
Une pulsion ne vise pas forcément une décharge rapide. Elle peut se satisfaire dans le détour : faire attendre, regarder sans toucher, parler au lieu d'agir, répéter une scène ou s'approcher d'une limite sans la franchir. Le comportement semble parfois contradictoire avec l'objectif annoncé, mais il produit une satisfaction ailleurs.
Cette dimension explique pourquoi savoir ce qui nous ferait du bien ne suffit pas toujours à changer. Une conduite douloureuse peut maintenir une autre forme de jouissance, liée à la tension elle-même ou à la place que le sujet y occupe. Comprendre ne consiste pas à accuser ; il s'agit de repérer ce qui se satisfait dans le problème.
Dire qu'un comportement engage une pulsion ne signifie pas que le sujet n'est pas responsable de ses actes. La pulsion décrit une logique de poussée et de satisfaction ; elle ne supprime ni la réalité de l'autre ni la nécessité d'une limite.
Elle permet surtout de ne pas réduire une conduite à une décision rationnelle. Une personne peut vouloir arrêter et continuer, comprendre les conséquences et rester prise dans la même scène. Le travail commence lorsqu'elle peut reconnaître cette contradiction sans la transformer en identité définitive.
Quel objet cherchez-vous réellement, et quelle satisfaction trouvez-vous dans le chemin qui y mène ? Qu'est-ce qui revient lorsque l'objet ou la personne change ? Quelle tension continue même après avoir obtenu ce que vous disiez vouloir ?
Cette notion se prolonge avec qu'est-ce que le symptôme en psychanalyse ?, qu'est-ce que le fantasme en psychanalyse ?.