Le fantasme n'est pas seulement une rêverie sexuelle ou une image irréelle. Il organise une scène dans laquelle le sujet trouve une place et répond, provisoirement, à l'énigme du désir de l'Autre.
Le fantasme soutient le désir en donnant une forme à la relation entre le sujet et ce qui lui manque. Il ne décrit pas nécessairement un scénario conscient. Il peut se repérer dans une position répétée : sauver, être choisi, être regardé, être puni ou se rendre indispensable.
Vous pouvez désirer une relation, un travail ou une reconnaissance sans savoir exactement ce que vous attendez de la scène. Le fantasme donne une forme à cette attente. Il vous place comme celui qui doit obtenir, offrir, subir, regarder ou être regardé.
Cette scène n'est pas forcément une image que vous pouvez raconter. Elle peut se manifester dans la manière de choisir vos partenaires, d'attendre une réponse ou de transformer chaque lien en preuve de votre valeur. Le scénario rend le désir moins énigmatique, mais il peut aussi enfermer toutes les situations dans la même logique.
Le fantasme propose une réponse à une question qui ne reçoit jamais de garantie complète : que veut l'autre de moi ? Si vous vous vivez comme celui qui doit sauver, vous savez ce que la relation attend. Si vous êtes celui qui déçoit toujours, la scène donne aussi une cohérence douloureuse aux réactions des autres.
Cette réponse n'est pas un mensonge conscient. Elle protège contre l'indétermination, mais elle organise en même temps ce que vous pouvez remarquer. Une personne qui vous apprécie réellement peut être entendue comme quelqu'un qui va bientôt exiger davantage, parce que la scène ancienne a déjà décidé de la suite.
Le fantasme fournit une réponse provisoire à la question du désir de l'Autre.
Une scène fantasmatique peut être très convaincante sans constituer une preuve sur les intentions d'une personne. Vous pouvez vous sentir observé, utilisé ou abandonné avant que les faits ne permettent de le conclure. Le fantasme ne rend pas l'émotion fausse ; il indique qu'elle est organisée par une position qui dépasse la situation présente.
Il faut donc tenir ensemble deux exigences. Vérifier la réalité, parce qu'une personne peut réellement vous manipuler ou vous rejeter. Observer aussi ce que vous ajoutez aux faits, parce que la même conclusion semble parfois s'imposer dans des contextes très différents.
Travailler le fantasme ne consiste pas à découvrir une scène secrète puis à la supprimer. Il s'agit de repérer la place que vous y occupez et la satisfaction particulière qu'elle organise. Que gagnez-vous à être toujours celui qui attend ? Que devenez-vous lorsque l'autre n'a plus besoin d'être sauvé ?
Une variation devient possible lorsque cette place cesse d'être la seule manière de donner un sens au lien. Vous ne contrôlez pas tous les effets de votre désir, mais vous pouvez parfois ne pas répondre automatiquement à la scène qui vous était familière.
Quelle place occupez-vous toujours dans les scènes où vous désirez être choisi ? Que supposez-vous que l'autre attend de vous avant même qu'il parle ? Que deviendriez-vous si vous ne deviez plus sauver, convaincre ou être puni ?
Cette notion se prolonge avec qu'est-ce que le désir de l'autre ?, qu'est-ce qu'une pulsion en psychanalyse ?.