L'Envers de la Question
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Pourquoi Lacan dit-il que le Réel est impossible ?

L'impossible ne signifie pas ici qu'un événement aurait très peu de chances de se produire. Il désigne ce qui ne peut pas être complètement écrit, représenté ou résolu dans le système symbolique disponible.

Le Réel est dit impossible parce qu'aucune image et aucun énoncé ne peuvent l'intégrer sans reste. Cet impossible n'est pas l'échec provisoire d'un savoir : il constitue la limite autour de laquelle le savoir, le désir et le symptôme s'organisent.

Gagner plusieurs fois de suite à un jeu de hasard est très improbable, mais reste possible. Une technique inconnue aujourd'hui peut devenir réalisable demain. L'impossible lacanien ne désigne pas une difficulté qui disparaîtrait avec davantage de moyens.

Il concerne une contradiction ou une limite interne à la structure. Aucun progrès ne permettrait, par exemple, qu'un mot devienne exactement la chose qu'il désigne. Une description peut gagner en précision, mais elle reste une représentation et ne se confond jamais avec l'expérience elle-même.

Nous transformons facilement une impuissance personnelle en verdict général : je n'y arrive pas, donc cela ne peut pas exister. Le mouvement inverse est tout aussi fréquent : puisque quelque chose devrait être possible, mon échec prouve mon insuffisance.

Distinguer l'impuissance de l'impossible change la position du sujet. Une impuissance peut être travaillée, apprise ou contournée. Un impossible demande une autre invention, car il ne sera pas supprimé par la performance.

Dans une relation humaine, aucune formule ne garantit que deux désirs s'accorderont durablement. Des règles, des engagements et une parole partagée sont possibles, mais ils ne produisent pas une complémentarité automatique entre deux personnes.

C'est dans ce sens que certaines formules lacaniennes utilisent l'impossible. Elles ne nient ni l'amour ni la sexualité. Elles refusent l'idée qu'un savoir universel pourrait écrire le rapport juste qui conviendrait à chacun et supprimerait toute différence.

Un symptôme peut être lu comme une solution coûteuse construite autour d'un point qui ne trouve pas d'autre traitement. Il permet à une personne de maintenir un lien, d'éviter une décision ou de localiser une angoisse. Sa logique ne se réduit donc pas à une erreur de raisonnement.

Comprendre toutes ses causes ne suffit pas toujours à le faire disparaître. Tant que sa fonction reste nécessaire, le savoir vient s'ajouter au symptôme. Le travail consiste à déplacer la réponse, pas à démontrer que l'impossible n'existe pas.

L'impossible paraît d'abord fermer le mouvement. Pourtant, une contrainte précise permet souvent une création. La langue ne peut pas tout dire, mais cette limite produit des métaphores, des équivoques et des styles singuliers. Une œuvre n'épuise pas son objet ; elle lui donne une forme transmissible.

De la même manière, reconnaître qu'une relation ne supprimera pas tout manque peut rendre possibles des demandes moins absolues. L'impossible cesse d'être la preuve que rien ne vaut la peine. Il devient le bord à partir duquel quelque chose peut être choisi.

Faire avec ne veut pas dire se résigner à toutes les situations. Une violence, une injustice ou une organisation peuvent être modifiées. Appeler trop vite un problème « structurel » servirait à protéger ce qui devrait changer.

La distinction demande donc de la précision. Qu'est-ce qui relève d'une condition concrète ? Qu'est-ce qui dépend d'une décision ? Et quelle garantie cherchez-vous alors qu'aucune décision ne peut la fournir ? Le Réel apparaît au dernier point, non comme une réponse, mais comme la limite qui rend votre réponse nécessaire.

L'impossible n'est ni l'improbable ni un manque d'effort. Il désigne une limite qu'aucun savoir supplémentaire ne ferme entièrement. Reconnaître cette limite peut permettre une réponse plus singulière et moins soumise à l'exigence de garantie.

Cette notion se prolonge avec qu'est-ce que le réel chez lacan ?, quelle différence entre le réel et la réalité ?, à quoi sert le nœud borroméen chez lacan ?.